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Portrait de Joseph Goebbels : l'usurpateur nazi


Photographie de Joseph Goebbels  ·  ©  Sandeau / Deutsches Bundesarchiv
Photographie de Joseph Goebbels  ·  ©  Sandeau / Deutsches Bundesarchiv

On connaît Joseph Goebbels pour son rôle important dans l’administration du IIIe Reich, ainsi que son poste décisif en tant que ministre de la Propagande de celui-ci. Cependant, son parcours n’est pas simple, et son implication a été bien loin de se limiter à de simples opérations de “communication”. Mais alors, qui est donc cet homme extrémiste, qui a inspiré par la suite bon nombre de régimes totalitaires, par sa fourberie et sa radicalité ?



L’histoire de Joseph Goebbels : les racines d’un extrémiste historique


Paul Joseph Goebbels naît le 29 octobre 1897 à Rheydt, en Allemagne. Il grandit au milieu d’une fratrie de cinq enfants, au sein d’une famille catholique très pieuse, dans une Allemagne où ⅔ de la population est protestante.


L’enfance d’un grand complexé


La famille Goebbels est conventionnelle et les premières années de la vie du garçonnet sont insouciantes. Mais alors qu’il n’a que 4 ans, il perd l’usage de son pied droit, de manière définitive, des suites d’une ostéomyélite (infection osseuse). Désormais handicapé à vie, c’est le début de la dérive pour le jeune garçon. Mis à l’écart dès son plus jeune âge, il commence à se replier sur lui-même, et à développer un comportement solitaire. Pour compenser sa faiblesse, Goebbels se réfugie dans les études et se cultive. Il obtient son baccalauréat mention très bien à 17 ans, et  poursuit son parcours dans plusieurs universités allemandes.


Quand la Grande Guerre éclate, le jeune Joseph veut s’engager dans l’armée allemande, malgré son état physique et sa faible constitution; 1 mètre 56 pour 45 kilos. Cependant, malgré son insistance, il est réformé et ne peut y prendre part comme il l’aurait tant voulu. Ce refus engendre chez lui une frustration grandissante, mêlée à ses anciennes insécurités qui ne font que se renforcer progressivement.


Aux alentours de 1922, il écrit sa thèse sur le Romantisme, en rejetant l’esprit des Lumières. En parallèle, il commence à écrire son célèbre journal, témoignant désormais de tous les petits détails de son quotidien (on estime qu’il contient  43 000 pages). Prévoyant déjà une potentielle publication, Goebbels prend un grand soin à sa rédaction, à l’image de ses dons d’écritures et de sa prétention. Le journal est rédigé en écriture allemande gothique, la plus répandue à l’époque, mais très difficile à déchiffrer aujourd’hui.


La découverte du parti nazi, le tournant de la vie de Goebbels


Quand en 1924, Joseph Goebbels rejoint le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), déjà présidé par Adolf Hitler depuis 1921, son existence entière se retrouve chamboulée. Il se fait remarquer, dès ses débuts, pour ses talents intellectuels et ses distinctions académiques, et il se forge très vite un nom dans l’organisation. Ses discours oraux sont déjà remarqués et il évolue assez rapidement. Au départ sceptique quant à la personnalité du futur Führer, sa première rencontre avec lui, à peine un an après son adhésion, le bouleverse irrémédiablement.


« Quelle voix, quels gestes, quelle passion ! […] mon cœur s'arrête, je suis suspendu à chacun de ses mots. »  - Joseph Goebbels

Il en témoigne même dans son journal intime, en confiant les moindres détails de ses ressentis après cette journée. Son admiration pour Hitler se lance, et même s' il présente quelques désaccords avec lui au départ, Goebbels les accepte et se dévoue progressivement à celui qu’il ne trahira désormais plus jamais. Peu après, les deux hommes se rencontrent réellement à Munich, événement une fois de plus très commenté par Goebbels, qui écrit être “sur un nuage” après cette journée.


Il rencontre en 1930 sa femme, Magda, secrétaire au NSDAP. Ils se marient rapidement, et leur couple s’attire déjà les bonnes grâces d’Hitler, qui considère la femme de son allié comme la “parfaite aryenne”


Les premiers travaux de propagande de Goebbels sont alors enclenchés pour la campagne du parti. La technique pour laquelle il opte est innovante pour la période, pour lui, il faut choquer. Goebbels multiplie les efforts pour faire parler du NSDAP, peu importe que cela soit en bien ou en mal, il faut absolument se faire connaître de l’opinion publique. Contre toute attente, cette technique fonctionne, et Goebbels réussit à travers sa campagne et de nombreux discours, à faire connaître le parti national-socialiste. Ses prises de parole sont très marquantes et extrêmes, mais ses dons d’orateurs sont indéniables et l’opinion publique se tourne au fur et à mesure vers cette extrême-droite nouvelle, et jeune. Ce dynamisme juvénile, mis en avant de nombreuses fois dans la période qui précède les élections de 1932, contribue en plus, à gagner des voix de la nouvelle génération. C’est ainsi que le résultat arrive, fracassant, plus de 30% des votes au premier tour, et 32% au second, soit deux fois plus que les résultats de 1930. 


La machine est lancée, et l’ascension du NSDAP et d’Hitler est alors inarrêtable. 


Le IIIe Reich, représentation d’une haine grandissante


Quand Hitler est nommé chancelier, après la victoire aux législatives le 30 janvier 1933, Goebbels est ravi. Son rêve est enfin accompli, et son travail récompensé. Cependant, à sa grande surprise, il n’est d’abord, pas nommé. C’est une immense déception pour l’ambitieux homme, lui qui s’était tant impliqué. D’abord fâché, sa colère est vite apaisée puisqu’ un peu moins de 2 mois après, le 11 mars 1933, Goebbels est nommé ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande du IIIe Reich, poste pour lequel il est le plus connu et qu’il occupe jusqu’au 30 avril 1945. Il “nazifie” alors ensuite toute la culture du pays, en passant par des films, des livres… Pour finalement se concentrer sur ce qui marche le plus, la radio. Il prend grand soin de sélectionner les bons discours, et met beaucoup de moyens sur sa nouvelle stratégie de propagande, qui fonctionne, une fois de plus.


Avant la guerre, son antisémitisme maladif se retrouve déjà très présent dans sa politique, ses actions et ses discours, comme lorsqu’il organise le boycott général de tous les magasins juifs, le 1er avril 1933. Il ne s’arrête pas là, et donne le signal de la célèbre “Nuit de Cristal” le 9 novembre 1938, amorçant donc déjà la Solution Finale.


« Je présente les faits au Führer. Il décide : laisser les manifestations se poursuivre. Retirer la police. Les Juifs doivent sentir pour une fois la colère du peuple […] Tempêtes d'applaudissements. Tout le monde se précipite immédiatement sur les téléphones. Maintenant, c'est le peuple qui va agir. »  - Joseph Goebbels

Déclare-t-il le 10 novembre, soit le lendemain des faits, renforçant sa position et celle du IIIe Reich, extrême et discriminatoire.


Côté vie personnelle, Goebbels a désormais 6 enfants avec son épouse, Magda. Leur famille représente pour le Reich, la famille modèle allemande, et ce malgré le physique du mari, à l’opposé des standards aryens (tout comme Hitler, d’ailleurs). En effet, celui-ci est toujours boiteux, petit et maigrelet. Pour sa femme, la situation n’est pas vraiment la même. Dotée d’une position élevée de part son mariage, elle est considérée comme la première dame du Reich, du fait du célibat du Führer. Cela n’empêche pas Goebbels d’être infidèle, et de prendre à la même période, pour maîtresse, une jeune actrice d’origine tchèque, Lída Baarová. Magda menace donc de divorcer, mais le mariage est finalement conservé, après une forte insistance d’Hitler pour garder ce couple modèle soudé en symbole pour l’Allemagne nazie.


La Seconde Guerre mondiale et la chute 


En 1944, Joseph Goebbels poursuit son travail acharné, celui pour lequel il est d’ordinaire si compétent. Malgré toutes ces années, il reste encore très admiratif du Führer, et cherche plus que tout à s’attirer ses faveurs. Pendant la guerre, il tente de mobiliser la population et de la motiver à l’effort collectif. Mais ses prises de parole n’ont plus autant de succès qu’avant, et l’Allemagne est très affaiblie. Pour le IIIe Reich, la situation s’aggrave, mais Goebbels reste fidèle à Hitler jusqu’au bout et n’abandonne pas. Le 19 avril 1945, il s’exprime pour la dernière fois publiquement, mais la guerre est clairement perdue et l’Allemagne nazie est condamnée.


Même dans la défaite, il n’abandonne pas Hitler. Lorsque celui-ci se suicide, Goebbels devient chancelier, le 30 avril 1945. Ce statut durera à peine un jour.Le lendemain, 1er mai 1945, les deux époux Goebbels empoisonnent leurs 6 enfants, puis se donnent la mort.    


Joseph Goebbels reste aujourd’hui un symbole de l'extrémisme, et une figure tristement célèbre de l’Allemagne nazie. Lui qui était parfaitement conscient des conséquences de ses actes, a choisi la cruauté, en poursuivant jusqu’à la fin son travail acharné, profondément dévastateur et meurtrier. Bien qu'il ne se soit probablement jamais sali les mains directement, sans son intervention dans le IIIe Reich, de nombreuses vies auraient pu être épargnées.


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